[J+352...]

[J+352...]

Tout ça me manque. Je veux revoir ce ciel là. Revoir ces gens là. Je veux revivre les angoisses de départ. Je veux ces silences d'avant l'embarquement. Je veux à nouveau entrer dans l'avion le c½ur palpitant, sans plus aucune pensée. N'avoir pour seule musique que le vrombissement des turbines. Ressentir à nouveau la peur de l'inconnu, et ne plus pouvoir faire marche arrière. Revoir ces crânes rasés aux visages durs et répondre à leurs questions débiles. Refaire la route depuis Montréal. Etre débarqué à 5h du matin à Albany. Et voir renaître New York au loin sous le soleil de l'aube.

Je veux pouvoir refaire mon sac un matin et m'envoler, parce que mes rêves sont insatiables. Peut être que c'est la vocation qui parle. Je veux pouvoir ignorer où je me trouverai dans deux jours. Je veux avaler les kilomètres et traverser les océans. Je veux des espaces infinis et des montagnes sans cesse plus hautes. Du risque, de l'adrénaline & oublier ce temps qui nous bouffe. Raconter tout ça, et dire que c'est ce que je fais de ma vie. Je veux être la preuve vivante qu'une tristesse à l'odeur d'ananas vaut mieux qu'un bonheur ignorant les voyages. Ma liberté ne suffit plus.

# Posté le jeudi 07 août 2008 11:19

Les vieux

Raymond a 77 ans. C'est mon grand père. Voilà 77 ans que Raymond habite le même coin. Vous imaginez, vous, 77 ans au même endroit ? Lui, oui. Comme beaucoup, l'armée fut un des plus beaux moments de sa vie. Esprit de camaraderie, nostalgie d'une jeunesse perdue, allez savoir pourquoi. Il est allé en Algérie, mais ne s'est pas battu. Il a simplement livré des armes. Depuis toujours, je sais que Raymond n'aime pas franchement les Arabes (et particulièrement les Algériens). Pourtant, il a toujours apprécié sa petite infirmière arabe et...plutôt mignonne. J'ai toujours voulu considérer son racisme avec une sorte de fatalité, me disant qu'il ne changerait pas pour maintenant, et je me suis toujours efforcé, depuis que j'ai l'âge de comprendre, d'emprunter l'humour qu'il mêlait à chacune de ses reproches sur les Arabes et de le rajouter à mon jugement. Ainsi, je prenais toujours ça à la légère, je savais qu'à chaque fois qu'on essaierait de lui faire comprendre que la couleur de peau, que la 'race ' n'expliquent pas les comportements, il ne nous écouterait pas. C'était sa vérité. La seule. Point.

Thérèse a 74 ans. C'est ma grand-mère. (facile, facile). Elle aussi a connu la guerre. Contrairement à mon grand père, elle ne veut plus en entendre parler. Tout ça c'est du passé. Elle fait partie de cette grande brochette de vieilles personnes qui ont gardé leurs vieilles idées. Pour ses petits enfants, elle veut une situation sociale correcte. Inutile de viser trop haut, le correct lui suffit. Dans la vie il ne faut pas prendre de risque, pour Thérèse. Méfiance, prudence sont ses paroles de tous les jours. Elle a connu la guerre, Thérèse.

Alors elle n'a pas très bien compris le jour où je lui ai dit que je partais aux Etats-Unis. Les Américains, c'est loin pour elle. Et ce qui est loin est dangereux. Elle n'a pas compris l'intérêt d'un tel voyage. Aujourd'hui encore, j'aimerais savoir si elle est fière de m'avoir vu faire ça. Pour elle, un truc comme ça à mon âge, c'est superflu. A 74 ans, elle n'a toujours pas compris l'intérêt de vivre ses rêves.

L'autre jour, au détour d'une conversation, Raymond a encore frappé. Une attaque, une de plus, contre les Arabes. Mais cette fois il ne plaisantait pas. Il était sérieux. Et réagir n'aurait servi à rien.

Je ne dénonce pas. Ce sont mes grands parents, je les adore, ce sont eux qui m'ont élevés. L'une des choses qui me hantera toujours quand ils ne seront plus là sera de ne jamais avoir réussi à leur faire comprendre certaines de mes idées. Je ne les aurais pas convaincus, il restera malgré tout un goût d'échec. Que retiendront-ils de moi s'ils ne m'ont jamais compris ?

# Posté le lundi 30 juin 2008 16:45

« A partir de là commence le mensonge obligatoire...

...Famille, école, religion, désirs sexuels, travail, philosophie, politique : le sujet, comme au jeu de l'oie, va parcourir les cases qui lui sont assignées par la roulette de répartition des places. Il a un corps, il n'est pas né n'importe où ni n'importe quand, il faut qu'il se justifie d'être tel ou tel, qu'il communique, comme ils disent, qu'il se rende reconnaissable, utile. Le voilà dans l'incessante manipulation : il aura des idées, des opinions, des aversions, des versions. Qu'est ce qu'on lui demande par-dessus tout ? De produire une image stable. D'être un pion vite évaluable sur l'échiquier. D'être marqué. Sinon, que voulez-vous, ça se soigne. »

P.Sollers

# Posté le lundi 23 juin 2008 16:16

On a retrouvé Jeum ^^!

On a retrouvé Jeum ^^!

# Posté le lundi 23 juin 2008 10:44

Nostalgie


Depuis ce jour, bizarrement, on croit toujours que la France ira au bout..

# Posté le dimanche 15 juin 2008 09:27