« Retour au blog de ptitbordox

"Je ne crois pas en l'au-delà mais j'emmènerai quand même des sous-vêtements de rechange." W. Allen

Enfer. Paradis. Trou noir. Lumière blanche. Vide absolu sans conscience du vide. La terre et les limaces. Le ciel et son barbu. Personne ne connait la destination. Personne ne sait. Personne ne saura. Et pourtant, la question sans réponse me hante. Je pense alors souvent à mon cousin qui venait à peine d'apprendre à lire qu'il posait déjà la question en public : « A quoi ça sert de vivre si on va tous mourir ? » Imaginez l'ambiance qu'il a foutue lors du repas de famille. Le pauvre, ils l'ont vite étiqueté. Futur philosophe, ou suicidaire, c'est selon.

Il est vrai que la société n'a que faire des penseurs à deux balles dans son genre. La spiritualité c'est bon pour les cathos et les cours de philo en Terminale. Mais comme je le comprends. Le petit cousin avait dans tout son génie touché la question centrale de toute l'existence. Il avait aussi fait joliment péter un sacré tabou, ce qui lui valut aussitôt les réprimandes des plus anciens de la tablée : il ne fallait pas penser ça. On n'évoque pas les questions sans réponse. Surtout en famille.

Sujet tabou que celui de savoir l'intérêt de vivre si la vie s'arrête forcément. Pourquoi construire ce qui sera bientôt détruit. Avouez que ça vous traverse souvent l'esprit. Surtout quand vient l'heure d'écrire les testaments et qu'on n'a pas l'impression d'avoir fait grand-chose de sa piètre existence. Jeune, on a la vie devant soi, l'horizon est bleu. Remarquez, l'insatisfaction, la crise de la cinquantaine, c'est assez commun : même Bill Gates doit avoir des coups de blues et se considérer comme une merde. Il a peut être raison dans le fond : si se faire un max de fric était prohibé et non vénéré dans nos sociétés, peut être ne serait il pas aussi admiré.

On ne peut pas dire que la question du cousin me hante, mais elle me force à trouver un sens. Je hais ces semaines où je ne me rappelle difficilement de mes journées tellement je les traverse sans les vivre. L'obsession de l'avenir et l'oubli du présent. C'est le fameux Carpe Diem que je bannis tant je le déteste, avec sa morale utopique. J'ai en effet bien du mal à « profiter de l'instant présent » car je suis trop occupé à regretter le passé et à me languir de l'avenir. Et je suis obligé de me balader perpétuellement avec un appareil photo pour me souvenir des meilleurs moments.
Mais je me soigne.

Je ne veux pas me retrouver à la place des anciens autour de la table, qui font taire le petit cousin et ses pensées d'outre tombe, parce qu'ils ont bien trop peur de se poser la question. Celle qui arrivera un jour, et qui gâchera peut être les derniers instants. Alors je prévois, et laisse les questions me hanter dès maintenant. Je voudrais bien échapper à la perpétuelle introspection de chacun de mes faits et gestes.
Mais j'ai trop peur de me louper.

Il s'agit d'être fier de son existence, et de vouloir qu'on s'en souvienne. Je ne veux pas me retrouver à la place de mon grand père dans son cercueil, qu'on balance dans la camionnette à la fin de la cérémonie, dans l'indifférence générale. Faut dire qu'il n'était pas très apprécié d'après ce que j'ai entendu, le bougre.
Mais voilà comment on s'en souviendra.

L'existence suppose une œuvre. Et l'œuvre prolonge la vie. Ne faire que vivre sa vie équivaut à la traverser, c'est pour moi un peu limite comme ambition. Sans œuvre, l'oubli nous guette.
L'œuvre doit être un message pour les autres. Une expression de la liberté de l'homme puni à vivre dans un monde qu'il n'aime pas tel qu'il est, mais qu'il veut sauver, à sa manière.

# Posté le vendredi 13 mars 2009 19:27

« Article précédent : Historique ^^!

Article suivant : Déménagement provisoire, ou définitif. »